Eric Fiat - La dignité - Conception kantienne (4/6)

Eric Fiat - La dignité - Conception kantienne (4/6)

La Conception de la Dignité selon Kant

Introduction à la pensée kantienne

  • Emmanuel Kant publie en 1785 "Les fondements de la métaphysique des mœurs", un texte complexe mais fondamental sur la dignité.
  • Ce texte révolutionne la notion de dignité, introduisant des idées inédites sur le sujet.

La Dignité et son Prix

  • Kant affirme que les choses ont un prix, tandis que l'homme possède une dignité qui est sans degré ni parti.
  • Cette dignité est universelle : tous les hommes sont égaux en dignité, indépendamment de leur condition ou statut.

Laïcisation et Démocratisation de la Dignité

  • Kant opère deux transformations majeures sur le concept de dignité : une laïcisation et une démocratisation.
  • La laïcisation se manifeste par l'affirmation que tous les hommes sont dignes même si Dieu n'existe pas, rompant ainsi avec les croyances chrétiennes traditionnelles.

Distinction entre Prix et Dignité

  • Kant clarifie que chez les bourgeois, il existe des degrés de dignité (dignitomètre), alors qu'il soutient que la dignité humaine est absolue.
  • Il établit une distinction cruciale entre le prix (évalué par des critères matériels) et la dignité (qui ne peut être quantifiée).

Implications Éthiques

  • En matière d'évaluation, confondre prix et dignité entraîne un manque de respect envers l'individu.
  • Selon Kant, chaque personne a une valeur intrinsèque qui ne dépend pas d'une évaluation comparative ; on est digne ou non.

Conclusion sur l'Universalité de la Dignité

Dignité et Morale selon Kant

La notion de dignité humaine

  • Le score de dignité est évalué à 0,96 sur 1, mais des comportements inappropriés peuvent entraîner une perte de points. Cela soulève la question de la mesure de la dignité.
  • Selon Kant, la dignité n'est pas variable; chaque être humain possède une dignité intrinsèque qui ne peut être diminuée par ses actions. Les animaux, en revanche, n'ont pas cette même reconnaissance.
  • L'auteur critique l'utilisation du terme "zoophile" pour désigner l'amitié envers les animaux, affirmant que cela dénature le concept d'amitié (filia).

La source de la dignité

  • Kant affirme que seule la raison confère une dignité aux êtres humains. Il s'agit d'un geste démocratique et laïque dans sa philosophie.
  • La question centrale est : d'où provient cette dignité? Elle ne découle pas simplement d'une création divine mais plutôt de la présence d'une loi morale en chaque individu.

La loi morale chez Kant

  • Sur sa tombe, Kant a demandé que soit inscrite sa célèbre formule : "Deux choses me remplissent d'émerveillement: le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi."
  • Cette loi morale est ce qui confère à chaque homme son respect et sa dignité. Elle est universelle et inaliénable.

Dilemmes moraux

  • L'interrogation se pose quant à l'existence de cette loi morale chez ceux qui commettent des actes immoraux ou sont gravement handicapés.
  • L'auteur souligne que même dans des cas extrêmes comme ceux des criminels ou des personnes atteintes de démence, il existe un fondement moral qui mérite réflexion.

Exemples littéraires

  • Des exemples littéraires illustrent ces concepts complexes. Par exemple, l'histoire tragique d'un personnage ayant commis un acte horrible soulève des questions sur la nature humaine et le mal.

La rencontre tragique entre Renardet et la petite Roque

L'instinct et l'attraction

  • Renardet suit la petite Roque, attiré par une pulsion inexplicable alors qu'elle se rend au ruisseau pour laver le linge.
  • Une ambiance malsaine s'installe lorsque Renardet observe la petite Roque, créant un moment de tension palpable entre eux.

Le silence lourd de sens

  • Un silence s'installe après des échanges, où chacun attend que l'autre exprime ses sentiments, mais la peur s'empare de la petite Roque face au regard insistant de Renardet.
  • Dans un acte désespéré, elle tente de fuir lorsqu'il devient agressif, révélant ainsi une dynamique de pouvoir troublante.

La violence inouïe

  • Après avoir commis l'acte violent contre la petite Roque, Renardet est submergé par le choc et l'horreur de son propre comportement.
  • Il essaie en vain de se laver les mains du sang avec de l'eau fraîche, symbolisant son incapacité à échapper à sa culpabilité.

La lutte intérieure et le remords

  • Malgré ses efforts pour ignorer son crime, Renardet est hanté par des visions nocturnes terrifiantes qui lui rappellent son acte odieux.
  • Le remords qui le tourmente indique une présence d'une loi morale en lui; il agit avec acharnement pour étouffer cette voix intérieure qui lui rappelle sa dignité perdue.

La question du jugement moral

  • Le comportement indigne de Renardet soulève des questions sur sa dignité humaine; bien qu'il ait agi indigne d'elle, il reste porteur d'une certaine dignité.

La loi morale et l'intériorité des personnes en situation de handicap

La complexité de la responsabilité morale

  • La responsabilité est difficile à mesurer, surtout pour les personnes polyhandicapées ou âgées. L'interlocuteur souligne que la loi morale existe en eux, mais leur capacité à l'entendre peut être compromise.

L'intériorité et la perception de la loi morale

  • Il est question de l'incapacité potentielle des polyhandicapés à percevoir cette loi morale. Cela soulève des interrogations sur leur intériorité et ce qu'ils peuvent ressentir.

Analogie musicale pour illustrer la dignité humaine

  • Une analogie est faite avec les musiciens : certains ne peuvent pas exprimer toute leur beauté artistique faute d'instruments adéquats. De même, certaines personnes ne peuvent pas montrer toute la dignité de leur âme sans pouvoir s'exprimer pleinement.

La voix intérieure malgré le silence apparent

  • Même si un individu ne peut pas exprimer sa souffrance ou sa dignité (comme le cri dans l'œuvre de Munch), cela ne signifie pas que la loi morale n'est pas présente en lui.

Émerveillement face à la moralité humaine

Video description

Cours donné sur le thème de la dignité par Eric Fiat à l'Espace éthique AP-HP le 14 janvier 2013 dans le cadre de ses Grandes Conférences. Eric Fiat est professeur agrégé de philosophie, maître de conférence à l'université de Marne la Vallée La dignité est-elle aristocratique (seuls les meilleurs sont dignes), ou démocratique (tous les hommes sont égaux en dignité) ? Intrinsèque à tout homme, ou révélée par le regard d'autrui : « Le moi s'éveille par la grâce du toi »? Peut-elle se perdre ? Et si non, que peut bien signifier « garder sa dignité » ? Recherche des fondements philosophiques et présentation des diverses conceptions de la dignité