Les invités du CLEMI : Le rôle des plateformes numériques dans la diffusion de stéréotypes de genre.
Introduction au Cycle de Webinaires sur l'EMI et les Stéréotypes de Genre
Présentation du Cycle
- Bienvenue à tous pour le nouveau numéro des invités du Clémi, débutant une trilogie de webinaires sur l'éducation aux médias et à l'information (EMI) en lien avec les stéréotypes de genre.
- L'objectif est d'enrichir vos réflexions sur l'EMI et l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, tout en encourageant la participation au concours "zéro cliché".
Informations Pratiques
- Les inscriptions pour le concours ouvriront le 25 novembre. Des informations supplémentaires sont disponibles sur le site du Cléi.
- Le cycle inclura des interventions de Léanique Bredou sur les discours médiatiques (17 novembre) et Sarah B, qui présentera des exemples pédagogiques (16 décembre).
Intervention de Sophie GL : Usages Numériques et Stéréotypes de Genre
Contexte de la Recherche
- Sophie GL, professeur en sciences de l'information à Paris 8, discute des recherches sur les usages numériques des jeunes et leur impact sur les stéréotypes de genre.
- Elle évoque un travail réalisé avec Jean-Marc Meier pour France Stratégie concernant l'évolution des stéréotypes depuis dix ans.
Observations Clés
- La recherche a révélé que malgré certains progrès dans la déconstruction des stéréotypes entre 2000 et 2010, il y a eu un recul chez les jeunes adultes depuis 2010.
- Les pratiques informationnelles et récréatives numériques renforcent souvent des points de vue réactionnaires concernant les rôles sociaux liés au genre. Cela complique le travail éducatif autour de ces questions.
Défis dans la Déconstruction des Stéréotypes
Complexité du Travail Éducatif
- La diversité des usages numériques rend difficile la déconstruction efficace des stéréotypes dans un cadre éducatif comme celui proposé par l'EMI.
- Il est essentiel d'accompagner les adolescents face aux modèles normés véhiculés par ces plateformes numériques afin d'encourager une réflexion critique.
Analyse des stéréotypes de genre chez les jeunes
Évolution des perceptions entre 2014 et 2022
- Entre 2014 et 2022, la perception que les filles ont autant d'esprit scientifique que les garçons a augmenté, passant de 50 % à 57 % chez les 18-24 ans.
- Cependant, il y a eu un recul de l'adhésion aux stéréotypes de genre, avec une diminution de 10 points dans la population qui considère ces stéréotypes comme valides.
Facteurs influençant les stéréotypes de genre
- Selon le rapport de France Stratégie, peu d'adhésion existe aux clichés concernant les jeux et pratiques culturelles; seulement 33 % des Français pensent qu'un garçon jouant à la poupée n'est pas normal.
- Deux facteurs sont identifiés comme corrélés au renforcement des stéréotypes : la pratique religieuse intense et l'engagement dans des activités sportives.
Rigidité des rôles sociaux
- Une rigidification des rôles sociaux est observée chez les jeunes; par exemple, beaucoup ne souhaitent pas que leurs enfants adoptent des comportements associés à l'autre sexe.
- Ce phénomène est plus marqué chez les garçons âgés de 15 à 17 ans, indiquant un renforcement des normes traditionnelles.
Impact des plateformes numériques sur la socialisation
- L'étude s'intéresse également au rôle médiateur des plateformes numériques dans la socialisation adolescente et leur influence sur le renforcement des stéréotypes.
- Un rapport réalisé en collaboration avec l'association CMEA examine comment ces plateformes affectent les jeunes en Normandie.
Accès aux technologies et inégalités sociales
- Les adolescents accèdent principalement à Internet via leur smartphone; cependant, il existe une disparité sociale concernant l'équipement informatique personnel.
- Après la crise sanitaire de 2020, une augmentation notable de l'utilisation d'ordinateurs a été observée parmi certains groupes d'âge.
Analyse des usages numériques chez les adolescents
Équipement et genre dans le monde du jeu vidéo
- Les adolescents sont inégalement équipés en ordinateurs personnels, avec une forte disparité entre les genres concernant l'équipement en consoles de jeu.
- Les stéréotypes de genre influencent les pratiques ordinaires des jeunes, notamment dans l'utilisation des jeux vidéo.
- Les filles montrent un intérêt plus marqué pour la photographie et la production d'images par rapport aux garçons, qui se concentrent davantage sur le jeu.
Usage des réseaux sociaux
- Malgré les critiques sur TikTok, il y a une augmentation générale de l'utilisation des réseaux sociaux parmi les jeunes en Normandie et probablement en France entière.
- En 2023, 60 % des filles utilisaient Instagram, Snapchat et TikTok, avec une progression continue observée jusqu'en 2024.
- L'accumulation d'applications entraîne une surcharge d'informations et rend difficile la prise de distance face au contenu consulté.
Différences entre plateformes
- Chaque plateforme a ses spécificités : Snapchat est axé sur le conversationnel par image, tandis qu'Instagram favorise la reconnaissance sociale. Facebook maintient des liens familiaux anciens surtout dans les milieux populaires.
- TikTok connaît une explosion d'utilisation avec un rythme de visionnage très rapide ; YouTube et WhatsApp restent également populaires parmi les jeunes.
Engagement dans les jeux vidéo
- Il existe des différences significatives entre filles et garçons concernant le temps passé à jouer aux jeux vidéo en ligne ; bien que beaucoup de filles jouent aussi, leur engagement est moins intense.
- Une étude révèle que 40 % des garçons consultent régulièrement des sites à caractère sexuel contre seulement 14 % chez les filles, illustrant un usage différencié selon le genre.
Stéréotypes de genre et médias
- Les adolescents affichent une certaine méfiance envers la fiabilité des informations provenant des réseaux sociaux tout en continuant à s'en servir comme source d'information importante après la télévision et la famille.
- La précocité d'inscription sur TikTok augmente particulièrement chez les filles, ce qui soulève des questions sur l'influence précoce des stéréotypes de genre dans leurs comportements numériques.
L'impact des stéréotypes sur les rapports sociaux
Importance cognitive des stéréotypes
- Les stéréotypes facilitent la perception et l'interprétation rapide des situations, simplifiant ainsi la représentation de la réalité.
- Ils permettent de classer les individus selon un système de priorités, contribuant à une domination symbolique qui place les hommes en haut de la hiérarchie sociale.
Rigidification des rapports sociaux
- Les stéréotypes rigidifient les représentations sociales et bloquent le positionnement personnel, créant un décalage entre ces représentations et la réalité vécue.
- Malgré l'augmentation du nombre de femmes diplômées et actives dans le monde du travail, les stéréotypes tendent à minimiser leur rôle dans la société.
Rôle économique des stéréotypes
- Les industries culturelles utilisent les stéréotypes pour maximiser leur audience, ce qui a été critiqué par l'école de Francfort depuis les années 50.
- L'utilisation répétée des contenus basés sur des stéréotypes induit une passivité chez le public et favorise une réception habituelle.
Influence des plateformes numériques
- La concurrence accrue entre plateformes numériques entraîne une reproduction renforcée des contenus stéréotypés observée auparavant dans d'autres médias.
- Alors que l'internet était perçu comme un moyen d'accroître la diversité, il semble favoriser au contraire des contenus profilés et caricaturaux.
Visibilité limitée des femmes sur Internet
- Les plateformes numériques favorisent souvent la polarisation et diffusent davantage de contenus caricaturaux, y compris ceux basés sur des stéréotypes.
- Selon un rapport du Haut conseil à l'égalité femme-homme, seulement 8 % des contenus populaires sur YouTube sont produits par des femmes.
Impact des Algorithmes sur la Visibilité des Femmes sur les Réseaux Sociaux
La visibilité des femmes créatrices de contenu
- Les contenus créés par des femmes sont souvent peu visibles, malgré une plateforme comme Instagram qui semble plus favorable aux femmes.
- Les algorithmes favorisent principalement des contenus liés à la mode et au lifestyle, renforçant ainsi des stéréotypes de genre.
Influenceurs et représentation
- Une étude en Normandie a révélé que Hugo Descrypt est le préféré parmi les adolescents pour s'informer, mais très peu de femmes influenceuses sont citées.
- Lena Situation est l'influenceuse féminine la plus mentionnée, mais elle est moins regardée par les garçons.
Biais dans les recommandations algorithmiques
- Les femmes visibles sur Instagram se concentrent souvent sur des thématiques familiales ou de beauté, ce qui limite leur représentation.
- Trois biais influencent les recommandations :
- Stéréotypes transmis aux usagers,
- Biais discriminatoires cachés dans les algorithmes,
- Renforcement de stéréotypes déjà présents chez les usagers.
Rôle de la réglementation européenne
- La réglementation européenne pourrait éclairer le rôle des algorithmes dans le renforcement des stéréotypes de genre, bien que cela reste incertain dans le contexte actuel américain.
Contenu sexiste en ligne
- Selon un rapport du Haut Conseil à l'égalité femme-homme, 76 % du contenu analysé cite principalement des hommes, même dans un contexte informationnel censé être neutre.
- Malgré quelques progrès récents dans le traitement médiatique concernant la place des femmes, la représentation masculine demeure prédominante.
Prédominance féminine relative et stéréotypes
- Bien qu'il y ait une certaine prédominance féminine parmi les influenceuses, leurs thématiques restent soumises aux stéréotypes de genre.
- Des entretiens avec des influenceuses montrent que celles qui s'écartent des normes traditionnelles voient leur visibilité diminuer sur Instagram et TikTok.
Représentation viriliste dans les jeux vidéo
- Dans le secteur du loisir vidéoludique, il existe une forte présence d'images virilistes et sexistes, surtout dans certains genres populaires comme les jeux de combat.
Impact socialisant des jeux vidéo
- Fanny Lignon souligne que certains jeux vidéo contribuent à socialiser les garçons vers la misogénie tout en rabaissant les filles à un statut d'objet.
- Les jeunes femmes jouant à ces jeux peuvent ressentir une pression pour accepter une position minorée afin d'échapper aux violences misogynes.
Le Sexisme et les Médias Numériques
Présence du sexisme dans les émissions de téléréalité
- Le sexisme est omniprésent et valorisé sur les plateformes numériques, notamment à travers les émissions de téléréalité.
- Des rapports de l'ARCOM soulignent l'ampleur du sexisme dans ces programmes, en mettant en lumière des représentations dégradantes.
Impact de la pornographie sur les jeunes
- En 2024, 16 % des utilisateurs des plateformes pornographiques ont entre 12 et 17 ans, avec un tiers ayant entre 12 et 25 ans.
- Les jeunes garçons sont exposés dès leur préadolescence à des contenus pornographiques qui renforcent des stéréotypes négatifs.
Espoirs déçus concernant le web
- Initialement perçu comme un espace d'expression libre pour les adolescents, le web maintient souvent les stéréotypes de genre par la pression sociale et algorithmique.
- Les influenceurs subissent une pression pour se conformer aux normes traditionnelles plutôt que d'échapper aux stéréotypes.
Sexualisation des filles sur les réseaux sociaux
- Les algorithmes favorisent la sexualisation des filles, exacerbée par l'utilisation de filtres sur des applications comme Snapchat et TikTok.
- Une enquête a révélé que ces filtres contribuent à renforcer non seulement la stéréotypie ethnoraciale mais aussi celle de genre.
Violences numériques et inquiétudes chez les filles
- Depuis 2014, il est observé que les violences numériques inquiètent particulièrement les filles qui utilisent ces plateformes pour développer leur image sociale.
- Les filles expriment deux fois plus d'inquiétude que les garçons face aux images violentes ou choquantes qu'elles reçoivent en ligne.
Discriminations liées au sexe et à l'orientation sexuelle
- Les adolescents font face à des discriminations basées sur des représentations sexistes, touchant aussi bien filles que garçons selon leurs orientations sexuelles.
- Ces problèmes sont principalement rapportés par les jeunes eux-mêmes comme étant présents sur diverses plateformes numériques telles qu'Instagram et TikTok.
Perspectives d'émancipation via le numérique
- Bien que le web ait été attendu comme un soutien pour le féminisme numérique, son impact réel reste mitigé malgré certaines mobilisations positives.
La diffusion des stéréotypes de genre sur les plateformes numériques
Impact du web et des nouvelles régulations
- Le web permet une diffusion croissante d'idées, mais cela est limité par la visibilité accrue des contenus.
- Le nouveau président des États-Unis impose des injonctions aux plateformes numériques et aux universités, influençant ainsi le discours en ligne.
Discours masculiniste et représentation féminine
- Sur les réseaux sociaux, on observe une montée de discours masculinistes et de courants nihilistes.
- Émergence de comptes valorisant une vision caricaturale et esthétique de la division traditionnelle du travail entre hommes et femmes, axée sur la beauté et la maternité.
Questions sur l'écart d'utilisation entre filles et garçons
- Sébastien Dumortier interroge l'existence d'un écart similaire à celui observé sur Instagram ou TikTok concernant Pinterest.
- Bien que Pinterest soit plus utilisé par les filles, il n'y a pas encore de chiffres disponibles pour confirmer cet écart.
Réflexions sur la culture humaine
- Une remarque souligne que la standardisation des contenus pourrait dénaturer nos cultures.
Signalements de contenus discriminatoires
- Un participant mentionne que ses signalements pour propos sexistes n'ont pas abouti. L'intervenante s'intéresse à ces témoignages pour améliorer le cadre réglementaire.
- Elle travaille sur un projet nommé Enumine qui se concentre sur le droit à l'effacement des données personnelles chez les adolescents.
Importance de signaler les abus en ligne
- Il est crucial de signaler tout contenu grave auprès des autorités compétentes pour favoriser la modération.
- Les plateformes sont souvent peu régulées; il est essentiel d'aller au-delà du simple signalement si aucune action n'est prise.
Ressources éducatives contre les stéréotypes
- Des ressources existent via le CLEMI pour sensibiliser les élèves aux stéréotypes de genre, notamment à travers le concours "zéro cliché".
Ressources pour l'éducation à l'image
Présentation des ressources
- Une ressource intitulée "Repère pour l'éducation à l'image" a été mentionnée, dirigée par Nolwen Tréondard. Elle est accessible librement et propose des pistes de travail avec les élèves.
Discussion sur les plateformes pornographiques
- Une question a été posée concernant les plateformes comme OnlyFans, qui sont considérées comme des plateformes pornographiques.
- L'intervenant souligne qu'il évite de faire la promotion de ces plateformes dans ses recherches, en raison de leur nature controversée.
- Ces plateformes ont récemment été critiquées pour des violences prostitutionnelles et diffusent souvent des stéréotypes dévalorisants envers les femmes.
Impact sur l'égalité femme-homme
- L'accès facile des mineurs à ces plateformes complique la lutte contre les stéréotypes et rend difficile la promotion de l'égalité entre les sexes.
Questions et réponses
Clarification sur la ressource éducative
- Un participant demande le nom exact de la ressource sur l'éducation à l'image, qui est confirmée comme étant dirigée par Nolwen Tréondard.
Invitation à consulter le rapport
- L'intervenant encourage les participants à lire un rapport élaboré par France Stratégie pour approfondir le sujet abordé lors du webinaire.
Conclusion du webinaire
Remerciements et prochaines étapes
- L'intervenant remercie tous les participants pour leurs questions et leur engagement durant le webinaire.
- Un prochain webinaire est annoncé pour le 16 novembre, portant sur comment les discours médiatiques influencent nos représentations.
Réponse aux questions non traitées
- Une question sur le nihilisme dans certains mèmes a été mentionnée; il s'agit d'une forme ironique particulièrement misogynes. Des détails seront fournis dans le rapport sur les stéréotypes de genre.