La Syrie à l’époque du Mandat français
Introduction et Présentation des Intervenants
Accueil et Contexte
- L'événement commence avec un remerciement aux participants, suivi de la présentation de Jordi Tégel, spécialiste des mouvements transfrontaliers et enseignant à l'université de Neuchâtel.
- Tégel a coécrit "Les Kurdes" avec Boris James et a récemment publié un ouvrage sur la formation des frontières au Moyen-Orient.
- Sa thèse portait sur le mouvement kurde en Syrie et au Liban, soulignant son importance intellectuelle et militante dans ces régions.
Présentation de Nadine Meoshi
- Nadine Meoshi est présentée comme une figure clé dans les études mandataires, ayant été responsable des éditions à l'IFP pendant longtemps.
- Elle a publié plusieurs articles notables, dont un sur la presse entre les deux guerres, illustrant l'âge d'or de la presse en Syrie et au Liban.
Contexte Historique : La Syrie après la Première Guerre Mondiale
Conséquences du Découpage Arbitraire
- Le découpage des États par la France et la Grande-Bretagne après la Seconde Guerre mondiale a engendré des questions nationales complexes, notamment celle de la Palestine.
- Ce découpage a également conduit à une série de conflits variés (guerres civiles, tensions communautaires), exacerbés par les interventions étrangères qui s'appuient souvent sur des acteurs locaux.
Réflexion sur l'Empire Ottoman
- Une citation d'un collègue souligne que l'Empire ottoman continue d'influencer les dynamiques actuelles en raison de ses conséquences historiques non résolues.
Analyse Géographique : La Syrie avant 1914
Cartographie des Provinces Syriennes
- Une carte montre les divisions administratives syriennes sous l'Empire ottoman avant 1914, révélant un espace géographique significatif entre le Taurus et le golfe d'Akaba.
Impact du Destin Régional durant la Première Guerre Mondiale
- Les accords Sykes-Picot sont mentionnés comme déterminants pour comprendre le futur politique de cette région. Ils prévoient une division entre zones sous administration française directe et celles sous influence britannique.
Accords Sykes-Picot : Un Projet Historique
Détails des Accords
- Les accords Sykes-Picot établissent une zone internationale pour la Palestine ainsi que diverses zones d'influence italienne et russe.
Évolution des idées dans l'Empire ottoman
Introduction de concepts modernes
- La clientélisation des minorités et l'introduction d'idées modernes européennes dans l'Empire ottoman ont conduit aux grandes réformes du milieu du 19e siècle, connues sous le nom de Tanzimat (1839-1856).
- Le concept d'égalité proclamé par le sultan est fondamental, car il représente une idée moderne absente des systèmes d'ancien régime comme ceux de la France ou de l'Empire russe.
L'égalité et ses implications
- Dans les empires d'ancien régime, il n'existe pas d'égalité ; les statuts différenciés sont la norme. L'idée d'une égalité entre sujets est donc révolutionnaire pour cette époque.
- Les réformes introduisent également le principe de représentativité des communautés dans l'administration, un autre concept moderne qui émerge à ce moment-là.
Montée des nationalismes
- La montée des nationalismes au sein de l'empire pousse les minorités à revendiquer leur autonomie et à envisager une identité nationale propre.
- Un exemple marquant est celui des maronites au Mont-Liban, qui réussissent à obtenir un état grâce à leurs revendications.
Contexte historique post-Première Guerre mondiale
Changement politique en 1918
- En 1918, le retrait de l'armée ottomane ouvre la voie aux troupes britanniques et arabes dirigées par le prince Faisal, qui établit un gouvernement arabe à Damas sans frontières définies.
Négociations autour du sort syrien
- Les négociations sur les règlements de paix après la guerre ne fixent pas immédiatement le sort de la Syrie et du Liban ; cela ne sera clarifié qu'en 1920 avec les élections en France.
Influence clé : Robert de Kéroual Saintemour
- Robert de Kéroual Saintemour joue un rôle décisif en tant que conseiller au ministère des affaires étrangères. Il prône l'utilisation stratégique des minorités pour contrer les Britanniques.
Théorisation du découpage territorial
- Il théorise littéralement le découpage de la Syrie et du Liban sous mandat français, illustrant sa vision avec sa célèbre formule sur "le vitrail dont le plomb doit être français".
Mise en œuvre des accords post-guerre
Découpage territorial
- Le découpage comprend plusieurs états : San Jaut particulier pour les Turcs, grand Liban formé autour du Mont-Liban, ainsi que deux territoires importants pour les Druses et Alaïes.
Occupation militaire française
- Dès octobre 1918, la France commence à renforcer sa présence militaire en Syrie via Beyrouth et Alexandrette pour préparer officiellement son mandat.
Proclamation d'indépendance syrienne
- Le gouvernement arabe proclame l'indépendance de la Syrie le 8 mars 1920. Cette proclamation est perçue comme une provocation par le général Gourot.
Conflit armé : bataille de Me Saloun
- La bataille de Me Saloun (24 juillet 1920), provoquée par Gourot, marque une étape cruciale vers l’occupation française totale en Syrie.
Perspectives locales après la guerre
Effondrement impérial
- À la fin de la Première Guerre mondiale, un système s'effondre tandis qu'un avenir incertain s'offre aux populations locales qui commencent à imaginer leur propre destin.
La transformation de la société syrienne et ses enjeux
Pluralité et ouverture de la société syrienne
- La société syrienne ne peut pas se transformer rapidement en une nouvelle entité sans changer son histoire et sa formation.
- La presse syrienne reflète à la fois sa diversité et son ouverture à différentes possibilités d'avenir.
Conflits politiques en Syrie
- La presse agit comme un agent et un miroir des discours politiques concurrents, notamment trois projets nationalistes : arabe, syrien, et libanais.
- En juillet 1920, le contexte politique est marqué par les conséquences de la Première Guerre mondiale, laissant derrière elle des zones de conflits latents.
Lutte pour l'indépendance turque
- Depuis 1919, un mouvement pour l'indépendance émerge en Turquie, avec des troupes étrangères occupant une grande partie de l'Anatolie.
- Le pacte national de 1920 est établi par Mustapha Kemal pour libérer ce qu'il considère comme la "mère patrie", incluant le nord de l'Assyrie et du nord de l'Irak.
Alliances locales et tensions internationales
- Mustapha Kemal forme des alliances avec diverses tribus arabes et kurdes dans le nord de la Syrie et d'Irak, créant des tensions avec les puissances coloniales françaises et britanniques.
- Sa propagande met en avant la protection du khalifat pour attirer le soutien local tout en jouant sur l'ambiguïté concernant la définition de cette nouvelle Turquie.
Concessions françaises face aux pressions turques
- Les concessions françaises incluent l'accord d'Adana (1921), qui prévoit le retrait français du territoire occupé par les troupes arméniennes.
- Cet accord introduit également une question spéciale concernant le Saint-Jacques d'Alexandrette, stipulant que les fonctionnaires seront majoritairement turcs.
Stratégies françaises face aux révoltes
- La France cherche à couper les liens entre Mustapha Kemal et les rebelles syriens en faisant des concessions à la Turquie.
- Pour stabiliser ses frontières après 1922, la France attire des réfugiés arméniens tout en établissant des colonies dans la région afin d'arrêter les infiltrations turques.
Les Conséquences de la Politique Française en Syrie
Émergence des Villages et Développement Économique
- La France a encouragé l'émergence de villages le long de la frontière turco-syrienne pour stabiliser cette zone, car elle ne pouvait pas le faire seule avec ses soldats.
- Cette politique a également conduit à un développement économique, notamment dans l'agriculture, où des terres ont été attribuées aux colons pour améliorer la mise en valeur agricole.
- Cependant, cela a entraîné un rétrécissement des zones de transhumance pour les tribus bédouines, créant ainsi des conflits futurs entre sédentaires et nomades.
L'État Mandataire en 1920
- En 1920, l'État mandataire français est établi en Syrie. Il hérite d'une situation complexe marquée par des réformes antérieures à l'époque ottomane.
- Le premier État moderne syrien est celui du gouvernement arabe de Feal (1918-1920), qui était embryonnaire et limité principalement à Damas.
- Malgré sa brièveté, cette période est significative car elle révèle les aspirations politiques et sociales des élites syriennes à travers une presse florissante.
Questions Identitaires et Modèle d'État-Nation
- Les Syriens posaient des questions fondamentales sur leur identité nationale : "Qui sommes-nous ?" et quel type de gouvernement leur correspondrait ?
- Ces interrogations ont été interrompues par l'entrée française après la défaite de Maisoun en juillet 1920, ce qui a imposé un modèle d'État-nation étranger à une société encore influencée par l'Empire ottoman.
Dysfonctionnements entre État et Société
- Le modèle d'État-nation français se heurte à la réalité syrienne où les individus s'identifient davantage par leurs appartenances communautaires que comme citoyens d'un État centralisé.
- Le découpage territorial promu par les Français favorise le communautarisme, exacerbant les tensions entre différentes communautés religieuses et ethniques au sein du pays.
Les frontières de l'identité en Syrie
La construction des identités nationales
- Les frontières intérieures et extérieures de la Syrie sont devenues des marqueurs d'identité, contrastant avec l'ancien régime impérial où ces distinctions n'étaient pas aussi prononcées.
- Le cadre juridique établi par la puissance mandataire a créé une protection pour les minorités, mais cela a engendré des contradictions dans le modèle politique proclamé.
Contradictions du statut personnel
- La charte du mandat de 1922 présente une contradiction entre l'égalité proclamée et les garanties accordées aux communautés, notamment à travers les juridictions de statut personnel.
- Le statut personnel encadre la vie individuelle (naissance, mariage, héritage), définissant ainsi l'existence sociale par l'appartenance communautaire plutôt que nationale.
Conséquences sur la citoyenneté
- Cette inégalité entre membres de différentes communautés empêche une véritable sécularisation de l'État et limite le développement d'une citoyenneté unifiée.
- Ce handicap initial impacte durablement le processus de construction nationale et crée des tensions entre majorités sunnites et minorités.
Références historiques divergentes
- Les sunnites se projettent dans un projet unitaire basé sur leur histoire impériale, tandis que les minorités arabes cherchent souvent à s'allier avec des puissances extérieures pour garantir leur sécurité.
- Les sunnites adhèrent au nationalisme arabe ou à un projet réformiste musulman du 19e siècle comme condition pour la coexistence communautaire.
Dynamique politique syrienne
- Les Grecs orthodoxes partagent également une tradition impériale similaire aux sunnites, favorisant l'unité sous une identité syrienne commune.
- La complexité politique est accentuée par le fait que les communautés sont représentées dans les instances étatiques, bien que cette représentation soit voilée par le dynamisme du nationalisme arabe depuis les années 30.
Émergence d'une nouvelle génération politique
- L'arrivée d'une nouvelle génération d'acteurs politiques dans les années 30 inclut des jeunes et des femmes qui commencent à jouer un rôle actif sur la scène publique.
- Des manifestations féminines apparaissent dès 1928 à Damas, symbolisant un changement vers plus de modernité et d'inclusivité dans la société syrienne.
La Construction de l'État Mandataire en Syrie
Participation des Minorités et Nationalismes
- Discussion sur la participation des minorités et nationalistes dans la construction de l'État mandataire en Syrie, soulignant les dynamiques complexes entre différentes identités.
Contexte Historique et Territorial
- Importance de comprendre que le territoire syrien n'est pas encore défini dans les années 20, ce qui complique les discussions sur les majorités et minorités.
- La délimitation des frontières entre la Syrie et l'Irak ne sera réalisée qu'en 1934, illustrant l'incertitude territoriale à cette époque.
- Les élites à Damas ont une connaissance limitée des périphéries syriennes, ce qui influence leur perception des identités locales.
- Les populations frontalières changent souvent de souveraineté, adaptant leurs identités selon la sécurité et les opportunités économiques.
Discours Élitaire et Constitution de 1920
- En juillet 1920, les élites rédigeant la constitution adoptent un projet libéral visant à établir l'égalité entre citoyens musulmans et chrétiens tout en limitant le pouvoir monarchique.
- Le slogan "la religion à Dieu, la patrie à tous" reflète une volonté de coexistence pacifique parmi diverses communautés religieuses.
Opposition au Projet Libéral
- Des comités nationalistes contestent le projet élitiste en proposant une vision plus organique de la nation basée sur une culture arabo-musulmane.
- Deux visions concurrentes émergent concernant l'identité nationale syrienne : celle d'une nation moderne contre celle d'une nation culturelle traditionnelle.
Événements Marquants du Nationalisme Syrien
- L'effondrement du projet libéral est accentué par l'entrée des troupes françaises et par la répression brutale de la grande révolte syrienne en 1925.
- Accusations croissantes envers certaines minorités d'alliance avec les Français entraînent des violences comme les pogroms anti-arméniens après le bombardement de Damas.
Radicalisation Anti-Minoritaire
- À partir de 1925, la France justifie son mandat par la protection des minorités, mais cela exacerbe le ressentiment nationaliste envers ces groupes perçus comme étrangers.
- L'affaire d'Alexandrette (1934), où des demandes pour rattacher cette province à la Turquie émergent, intensifie les tensions nationales.
- Les négociations autour du traité franco-syrien montrent un discours anti-minoritaire croissant qui façonne une identité syrienne opposée aux éléments jugés étrangers.
La définition de la nation et les tensions identitaires en Syrie
Contexte culturel et démographique
- La définition de la nation est abordée sous un angle culturel arabo-musulman, avec une affirmation de l'importance d'Alexandrette, où coexistent différentes populations arabes.
- À partir des années 1920, il y a une perception croissante que les habitants de Jésiré sont considérés comme des étrangers, alimentant des craintes concernant l'émergence d'une nouvelle entité séparée de la nation syrienne.
Réactions des élites minoritaires
- En réponse à cette vision antiminoritaire, les élites minoritaires affirment que le gouvernement de Damas est étranger à leur région et revendiquent son appartenance historique au vilayet d'Arbaker.
- Les élites soutiennent qu'elles sont les véritables créateurs de Jésiré, ayant transformé une région désertique en terre cultivée grâce à leurs efforts.
Conflits et dynamiques politiques
- Deux discours opposés émergent : celui qui prône l'unité nationale et celui qui défend des revendications autonomistes par les minorités. Ces tensions mènent à des conflits dans les années 1930.
- Trois tendances se dessinent : un désir d'unité, des aspirations autonomistes et une contestation croissante contre le mandat français.
Mobilisation antimandataire
- Les conflits servent d'accélérateurs historiques ; la mobilisation antimandataire débute dès l'arrivée des troupes françaises en 1918.
- Deux révoltes majeures sont mentionnées : la révolte du nord (1919-1921) et la grande révolte syrienne (1925-1927), marquant un tournant dans l'histoire contemporaine syrienne.
Caractéristiques des révoltes
- La révolte du nord est dirigée par plusieurs chefs rebelles locaux, dont Ibrahim Hanano, soulignant l'importance du leadership local dans ces mouvements.
- La grande révolte syrienne est ancrée au sud et représente un moment clé où les périphéries rurales prennent pour la première fois l'initiative sur la scène politique armée.
Impact sur l'identité syrienne
- Les motivations initiales des révoltes sont locales mais s'insèrent progressivement dans un cadre plus large. Elles introduisent également modernité politique et militaire dans le monde rural syrien.
- Dans le contexte de la révolte du nord, il existe une défense forte de l'islam comme espace social local plutôt qu'une simple religion.
Évolution du Nationalisme Syrien
Transition vers un nationalisme patriotique
- Le concept de "Watan" est introduit dans le contexte de la pensée de Genè Weber, marquant une transition vers un projet patriotique national unitaire en Syrie.
- En 1924, l'abolition du Khalifat par Mustapha Kemal et l'annexion des terres syriennes par la Turquie modifient radicalement le paysage identitaire syrien.
Changement d'identité
- La terre syrienne perd son caractère musulman avec la disparition du Khalifat, devenant turque ou arabe, ce qui entraîne un glissement d'un support identitaire religieux à une identité nationale syrienne.
- Les deux systèmes de référence (religieux et national) cohabitent chez les musulmans et une partie des chrétiens, illustrant la complexité des identités en Syrie.
Répression des révoltes
- L'escadron Cherkets est mentionné comme un exemple de l'utilisation par les autorités mandataires des minorités pour réprimer les révoltes, soulignant la violence systématique contre les mouvements populaires.
- Après l'échec de la grande révolte syrienne en 1927, le combat se déplace vers des revendications politiques pour l'unité et l'indépendance.
Minorités musulmanes et leur rôle
- Les Alaïes et les Druses sont présentés comme deux minorités musulmanes ayant des vécus distincts mais partageant une lutte commune pour préserver leurs identités face aux autorités françaises.
- Les Alait sont décrits comme marginalisés économiquement tandis que les Druses ont une histoire militaire prestigieuse au Mont-Liban.
Conflits internes et aspirations politiques
- Les deux communautés revendiquent leur participation armée dans le combat antimandataire pour protéger leurs centres de pouvoir traditionnels.
- La contestation prend forme sous une opposition directe à Damas après le traité de 1936, avec les nationalistes syriens prenant le contrôle du gouvernement.
Coexistence des courants séparatistes et unitaires
- Au sein des Druses et Alaïes, il existe une coexistence entre courants séparatistes et unitaires, souvent influencée par rivalités familiales.
- Un renouvellement générationnel émerge dans les années 30 parmi ceux qui soutiennent le rattachement à Damas, représentant une vision politique différente promue par cette nouvelle génération.
Évolution du Nationalisme Syrien et Minorités
Contexte historique du nationalisme syrien
- Le mouvement nationaliste syrien est influencé par des propriétaires fonciers absents, qui ne traitent pas les questions de minorités ou d'économie, se concentrant plutôt sur l'indépendance et l'unité.
- Une nouvelle génération émerge avec une vision différente du nationalisme, incarnée par la Ligue d'action nationale fondée à Damas en 1933.
Panarabisme et identité ethno-linguistique
- Cette génération prône un panarabisme élargi basé sur l'arabité et la langue arabe, représentant un nationalisme ethno-linguistique distinct.
Impact sur les minorités
- La conférence aborde le sort des groupes minoritaires comme les Kurdes et les Arméniens face au développement du nationalisme arabe dans les années 1920 et 1930.
Situation à Alexandrette
- En 1921, un régime spécial est prévu pour Alexandrette. Cependant, entre 1921 et 1934, des comités pro-turcs émergent avec le soutien financier de la Turquie.
- Une migration continue de populations turcophones vers Alexandrette entraîne des tensions croissantes entre communautés arabes, kurdes et arméniennes.
Tensions diplomatiques et conséquences
- En 1936, Mustapha Kemal demande une autonomie pour Alexandrette suite à un traité franco-syrien. La France refuse mais finit par céder sous pression diplomatique.
- Un comité d'experts propose une autonomie renforcée pour Alexandrette tout en maintenant son intégration politique à la Syrie. Les élections de 1938 favorisent les éléments pro-turcs.
Réactions nationales syriennes
- Les résultats électoraux provoquent des manifestations violentes entre partisans syriens et turcs. La France accepte finalement ces conditions malgré l'opposition locale.
Conséquences de la cession française
- La cession d'Alexandrette est perçue comme une trahison par le nationalisme syrien. Cela soulève des questions sur l'intégrité territoriale de la Syrie.
Ambiguïtés concernant les minorités kurdes
- Le haut commissariat français s'oppose à l'autonomie kurde dans les années 20 en raison de leur dispersion géographique, rendant difficile la création d'une entité territoriale cohérente.
Le Mouvement Autonomiste en Syrie
Contexte et Origines
- Le gouvernement de Damas est perçu comme étranger, géré par les Français, qui cherchent à retarder l'indépendance de la Syrie. Ils s'allient avec des acteurs minoritaires (chrétiens et kurdes) pour créer un mouvement autonomiste.
Émergence du Mouvement Autonomiste
- À partir de 1937, le mouvement demande un statut similaire à celui des Alaïes et Druses, ainsi qu'une protection militaire française sous l'égide de la SDN.
Slogans et Symboles
- Le mouvement adopte le slogan "Religion à Dieu, patrie à tous", symbolisant une syriannisation tout en intégrant des éléments locaux dans ses actions (manifestations, cortèges).
Réactions et Élections
- Les élections de 1936 sont mal accueillies à Damas car elles échappent au contrôle du bloc national. Cela entraîne une radicalisation des discours et une montée de la violence parmi les autonomistes.
Violence et Tensions Communautaires
- Les autonomistes prennent les armes, kidnappent un leader local, provoquant sa chute. Des déclarations maladroites du leadership national renforcent les craintes parmi les minorités.
Révolution de Jésiré
- En 1938, le mouvement se proclame autonome après des manifestations violentes où trois personnes meurent. La réaction du ministre de l'intérieur exacerbe les tensions locales.
Fin du Mouvement Autonomiste
- Malgré l'autodéclaration d'autonomie en 1938, le commissariat français met fin au mouvement autonomiste peu après. Les leaders s'exilent alors que la France oscille entre soutien et répression.
Figures Clés du Nationalisme Syrien
Portraits Historiques
- Deux figures importantes sont présentées : Youssef Saadoun et Abdurrahman Shahband. Elles incarnent les rivalités entre villes et périphéries rurales durant cette période tumultueuse.
Rôle des Périphéries
- Youssef Saadoun est décrit comme un Kurde arabisé ayant une éducation traditionnelle. Il devient chef régional après avoir fondé une AABE (Association Arabe pour le Bien-être Économique).
Critiques Internes
- Dans ses mémoires, Saadoun critique le leadership nationaliste syrien tout en soulignant l'importance croissante des périphéries dans l'histoire syrienne contemporaine.
Les Figures Nationalistes de la Révolte Syrienne
Ibrahim Hanano et son Rôle dans la Révolte
- Ibrahim Hanano, un nationaliste d'Alep, prend les devants lors de l'entrée des Français en 1920, rejoignant la révolte après avoir été formé à Istanbul.
- Malgré son profil nationaliste, il cherche à diriger la révolte sans consulter les autres chefs locaux, ce qui crée des tensions parmi eux.
- La révolte est finalement nommée "révolte de Hanano", un terme attribué a posteriori par les citadins d'Alep.
Oubli et Mémoire Historique
- Saadoun, un autre chef de la révolte, tombe dans l'oubli car ses actions sont liées à des enjeux géopolitiques complexes concernant le San Jacques.
- L'historiographie syrienne néglige souvent ces figures marginalisées qui ont pourtant joué un rôle crucial dans la résistance.
Char Bandar : Un Leader Émergent
- Char Bandar, issu d'une classe moyenne et médecin formé à l'étranger, devient une figure importante du nationalisme syrien après 1908.
- Impliqué dès la Première Guerre mondiale et participant activement aux manifestations en 1922, il incarne le panarabisme à Damas dans les années 30.
Rivalités Internes et Assassinat
- En tant que leader politique influent, il travaille sur un projet d'unification régionale avant d'être assassiné en juin 1940 par des rivaux nationalistes.
- Son assassinat est lié à sa position pro-arabe et au prestige qu'il avait acquis durant une période où d'autres leaders étaient moins reconnus.
Importance des Marges dans l'Histoire
- Ces deux personnages illustrent comment les figures oubliées peuvent influencer significativement le cours de l'histoire nationale malgré leur méconnaissance actuelle.
- L'analyse historique doit inclure ces marges pour comprendre pleinement l'émergence et l'évolution de l'État syrien.
Haga : Un Chef Tribal Kurde
- Haga est présenté comme un chef tribal kurde ayant combattu contre les Français en s'alliant avec Mustapha Kemal en 1922.
- Après avoir quitté la Turquie face aux difficultés politiques, il s'établit en Syrie où il devient un acteur clé grâce au soutien français.
Comprendre les dynamiques régionales et transnationales en Syrie
Importance des personnalités locales et régionales
- La discussion souligne le rôle crucial de figures comme Radio Aga pour appréhender la période actuelle, marquée par une faible capacité d'imposition du gouvernement national central sur l'ensemble du pays.
- L'interaction entre les personnalités locales et les enjeux régionaux est essentielle pour comprendre les tensions politiques en Syrie depuis 2011.
Évolution des acteurs marginaux
- L'émergence du Rojava est mentionnée comme un développement significatif dans le contexte syrien, illustrant la montée des acteurs marginaux depuis 2012.
- L'implication de la Turquie dans le nord de la Syrie a été notée, soulignant l'impact des interventions extérieures sur la dynamique locale.
- La création du califat par l'État islamique entre 2014 et 2017 représente un autre aspect clé des changements survenus dans cette région.
Perspectives futures
- La période allant de 2012 à décembre 2024 est considérée comme cruciale pour observer l'évolution des marges en Syrie.
- Les intervenants remercient Jean Tégel et Nadine Meoouchi pour leurs contributions à cette analyse, annonçant également une prochaine conférence qui traitera davantage des implications politiques.